On savait que le tabac provoque le cancer, que le café favorise les maladies cardiovasculaires, que le boeuf est plein d’hormones et le saumon saturé de dioxine, que le footing est mauvais pour les lombaires et les poumons à cause de la pollution, et voici qu’un autre plaisir est l’objet de l’attention de scientifiques alarmiste : la photographie. Si l’on en croit en effet les travaux du docteur Linda Henkel de l’université de Fairfield dans le Connecticut, prendre des photos pourrait être la source d’un nouveau mal du siècle : « le syndrome de déficience du photographe ». Voilà autre chose…

Selon son étude, prendre des photos d’un évènement provoquerait une perte de mémoire desdits évènements : « les gens saisissent souvent leur appareil photo sans réfléchir pour capturer un moment, au point de manquer ce qui se déroule devant eux. Quand ils se reposent sur la technologie pour se souvenir des choses – comptant sur l’appareil photo pour enregistrer l’évènement et pensant de ce fait pouvoir ne pas s’impliquer réellement -, cela peut avoir un impact sur leur souvenir qu’ils auront de leur expérience ». Pour appuyer cela, elle a demandé à des étudiants visitant un musée de se séparer en deux groupes : le premier prenant des photos, l’autre pas. Et le résultat montre que ceux qui ont mitraillé les lieux n’ont gardé qu’un souvenir diffus des œuvres, contrairement au groupe plus studieux.

Étrangement, cependant, lorsque l’on prend en photo le détail d’un objet, en utilisant un zoom par exemple, aide à se souvenir dudit objet, y compris les éléments hors cadre, prouvant que « les yeux de l’esprit ne sont pas les mêmes que ceux de l’appareil ». Plus loin, on apprend au contraire que les photographies aident à se rappeler les moments où elles ont été prises, si cela a été fait avec attention, et que prendre des photos de sujet choisis (au contraire de l’étude où les œuvres à photographier étaient imposées) est lié à un souvenir fort. Cela ne servirait à rien d’entasser des photos, au risque de ne plus avoir envie de parcourir ce flot de clichés interminable, mais qu’il serait donc conseillé de choisir plus attentivement ce qu’on photographie.

Une future directive européenne imposera-t-elle prochainement l’apposition de la mention « photographier avec modération » ?

Source : The Telegraph