iCloudSi l’édition 2011 de la WWDC a été marquée par l’absence d’annonce concernant un futur iPhone, la grande nouveauté aura sans aucun doute été la mise en place d’iCloud, bien plus qu’un simple espace de stockage en ligne : une évolution naturelle de l’informatique qui va vers toujours plus de dématérialisation et de synchronisation entre appareils multiples.

« Certains pensent que le nuage n’est qu’un gros disque dur dans le ciel… Nous pensons que c’est bien plus que cela », a ainsi déclaré Steve Jobs lors de la conférence, soulignant de fait l’importance que revêt iCloud aux yeux du président d’Apple. « iCloud conserve vos informations et fichiers importants dans une version mise à jour quel que soit l’appareil que vous utilisez. Tout cela se produit automatiquement et sans recours à un câble, et comme cette technologie est intégrée dans nos applis, on n’a pas besoin d’y penser, cela fonctionne, tout simplement ».

De ce fait, la musique, les photos, les contacts, les événements du calendrier, les mails, les applis, les livres électroniques et les documents pourront se retrouver stockés sur iCloud, l’idée étant d’effectuer les mises à jour en ligne plutôt que sur son Mac ou son PC : le barycentre de son univers électronique se verra ainsi déplacé. Dématérialisé. L’affaire n’est pas mince, comme le souligne Sterne Agee, analyste chez Shaw Wu : « C’est potentiellement un véritable changement de la donne. C’est une toute nouvelle façon de concevoir l’informatique dans laquelle on se retrouve moins dépendant des ordinateurs et du stockage local ». Apple arrive donc après deux acteurs importants, Amazon et Google. Et Mark Moskowitz, analyste chez J.P. Mogran Research, d’enfoncer le clou : « Cette approche prépare les utilisateurs pour un monde organisé autour de nuages, où ils n’auront plus besoin de posséder et de gérer leurs données localement. De ce fait, nous pensons que les futurs ordinateurs reposeront moins sur la capacité de stockage de leur disque dur et seront plutôt équipés de mémoire flash ».

iCloud dans l'App Store

Toutes les applis achetées dispos sur son iPhone, même après leur suppression

Les premières traces d’iCloud sont déjà apparues ce matin dans l’App Store de son iPhone : au-delà des changements de conditions générales de vente, étape classique de toute mise à jour, on trouve dans la section « Mises à jour », un nouvel onglet « Achat » qui permet d’accéder, depuis son mobile, à l’ensemble des applis achetées un jour ou l’autre. Un premier onglet permet ainsi d’accéder à toutes les applis achetées, et un second à celles qui ne sont pas actuellement installées sur l’appareil. Les absentes pourront ainsi être automatiquement retéléchargées en tapotant sur le petit nuage, tout simplement. Evidemment, ce qui vaut pour les applis vaut pour la musique et l’intégration d’iCloud dans iTunes permet de partager automatiquement tous les morceaux achetés sur ses différents appareils autorisés. Bien sûr, si la technologie est gratuite, elle sera cependant facturée 25$ par an pour synchroniser les morceaux achetés sur d’autres plateformes, à travers la fonction iTunes Match. L’idée est d’analyser les morceaux présents dans sa playlist mais non acquis sur iTunes, pour trouver l’équivalent sur la plateforme d’Apple. Malin.

Et les photos n’ont pas été oubliées, comme nous le signalions dans notre compte-rendu de la conférence : la fonction Photostream. Elle fera apparaître un nouvel album dans l’appli Photos de l’iPhone, intitulé Photostream, justement. Toute photo prise avec son iPhone y sera stockée (et envoyée en ligne, également) et sera de ce fait accessible depuis tous ses appareils : iPhone, iPod Touch, iPad ou ordinateur. L’album contiendra les 1000 clichés les plus récents, la version en ligne sera conservée 30 jours, et seul l’ordinateur conservera une trace de toutes les photos, capacités de stockage obligent.

La beauté de la chose ne fait cependant pas que d’heureux béats : se posent en effet deux questions annexes. La première, évidente, concerne la confidentialité des données. Stocker l’ensemble de ses fichiers en ligne a de quoi interroger, au minimum, et les premières réactions ne se sont pas fait attendre longtemps sur Twitter ! Il faut dire que les mots de Steve Jobs ont parfois des échos de Kaa du Livre de la Jungle : « Vous n’avez même pas besoin d’y penser… Ca marche, tout simplement… Il n’y a rien de nouveau à apprendre… », un credo de la simplicité qui a vite été traduit en projet d’hypnotisme. Cela dit, qu’on le veuille ou non, cette évolution naturelle est en marche depuis longtemps, avec, pour commencer, la disparition annoncée des supports physiques pour la musique et les films, avec iTunes, Deezer ou la VOD, par exemple. Quant au stockage en ligne, Dropbox, Flickr ou  Picasa n’ont jamais promis autre chose que ce qu’annonce Apple. La différence, ici, est que cette intégration est « invisible ». Le risque est bien réel, quand on sait que les données stockées aux USA sont soumises à loi américaine, et donc à l’intrusif Patriot Act… Qu’on se rassure, cependant, cette fonction est annoncée comme pouvant être désactivée.

L’autre souci, plus terre-à-terre, convenons-en, mais néanmoins réel, concerne les échanges sans fil : en l’absence de réseau WiFi, la quantité de données échangées via le réseau 3G risque de faire exploser les limites prévues dans les forfaits des opérateurs, qui voient de toute façon d’un très mauvais œil l’utilisation de leur réseau pour des fonctions tierces. Il n’est qu’à voir le sort réservé au tethering ! Et les premières « victimes » sont les clients de Verizon, l’opérateur limitant l’iOS à la version 4.2.8 alors que la version 4.3.3 est requise pour accéder à la partie iTunes d’iCloud.

Bref, l’iCloud est une fonction prometteuse, a priori incontournable, et comme toute chose modifiant notre utilisation de l’informatique, elle soulève bien des questions auxquelles seule une pratique réelle saura répondre.

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