Apple prépare le lancement très attendu de l’iPhone 5, qui sera dévoilé demain lors de la grand-messe annuelle, cette fois organisé au Yerba Buena Center for the Arts, mais comme il fallait s’y attendre, des voix s’élèvent pour s’inquiéter légitimement des conditions de travail chez le sous-traitant chinois Foxconn. Ce n’est pas la première fois que les conditions de travail épouvantables sont pointées du doigt.

Apple avait promis, dès juin 2006, de surveiller de plus près Foxconn

Quel prix sera-t-on prêt à payer l'iPhone 5 ?

Quel prix sera-t-on prêt à payer l’iPhone 5 ?

Il faut dire que Foxconn est le plus grand fabricant de composants électroniques au monde, et le plus grand exportateur en Chine, travaillant pour Apple, mais aussi pour diverses sociétés à travers le monde, en Amérique, en Europe et au Japon. En plus du symbolique iPhone, centre de toutes les attentions, Foxconn fournit également des pièces pour le Kindle d’Amazon, la Playstation 3 de Sony et la X-Box 360 de Microsoft. Les mauvaises conditions de travail avaient déjà été critiquées dès 2006 dans le Daily Mail, autour de la fabrication de l’iPod. Et Apple avait promis, dès juin 2006, de surveiller de plus près cette affaire et s’assurer que « les conditions de travail de la chaîne de montage soient sures, que les ouvriers soient traités avec respect et dignité, et que les méthodes de production soient écoresponsables », comme le rappelait Macworld. On sait ce qu’il en est advenu. Les suicides se sont succédé, jusqu’à atteindre 14 morts pour la seule année 2010… Et dernièrement, ce sont des accusations de travail forcé (six jours par semaine, 12 heures par jour) imposé à environ 32 000 étudiants chinois qui viennent assombrir le lancement de l’iPhone 5, comme le révèle le New York Times.

si Apple a recours à un sous-traitant, Samsung exploite sa propre main d’oeuvre

Samsung n'a guère les mains plus propres...

Samsung n’a guère les mains plus propres…

Faut-il bannir l’iPhone (et les consoles de salon par la même occasion !) de sa liste d’achats de fin d’année ? C’est une solution envisageable. Mais quelle alternative existe-t-il à Apple ? Samsung occupe la place de plus gros vendeur de smartphones aux USA en 2012, grâce au succès technologiquement mérité du Galaxy SIII. Oui mais voilà : si Apple a recours à un sous-traitant, le géant coréen, lui, exploite sa propre main d’oeuvre au sein de 8 de ses usines. Exploiter est le bon verbe, comme l’a souligné l’ONG américaine China Labor Watch, qui n’était pas tendre non plus envers Apple. On y parle de cadences infernales, avec des périodes de 100 jours sans repos, et quand ces cadences ne sont pas imposées directement, elles le sont de fait par la faute de salaires trop faibles pour pouvoir se passer des heures supplémentaires… Et l’ONG a même relevé des cas de « salariés » ne percevant aucune paye ! Allant jusqu’à plaisanter : « Est-ce que Samsung viole les brevets d’Apple concernant la maltraitance des employés ? »

Apple et Samsung, main dans la main d'une certaine façon

Apple et Samsung, main dans la main d’une certaine façon (c) The Puretech

Les deux constructeurs se livrent une guerre sans merci, de façon spectaculaire dans les tribunaux à travers le monde, où les avocats ne sont jamais payés trop cher pour faire plier la loi dans le sens de l’intérêt privé, mais aussi de façon plus insidieuse dans les usines chinoises où, à l’inverse, la main d’oeuvre est toujours beaucoup trop chère. La Chine, Apple et Samsung sont en plein dans la logique libérale qui s’impose à nous depuis des années. Une « logique » qui veut que l’argent et le bien-être soient confisqués au plus grand nombre et qu’une poignée d’oligarques président au destin du monde par l’entremise de « la main du marché », censée redistribuer équitablement les bénéfices. Offrir aux marchés des nouveautés technologiques à un train d’enfer, pour assurer une croissance de préférence à deux chiffres n’a donc pas de prix. La dignité humaine attendra, à Foxconn comme ailleurs.

Et nous, dans tout ça ? Pour ma part, j’attends l’iPhone 5 pour faire vivre ces pages et parce qu’il faut bien participer à cette marche, sinon autant fermer ce blog tout de suite. J’achèterai l’iPhone 5 s’il tient ses promesses technologiques, à défaut de tenir celles jetées en 2006, car chez Apple ou ailleurs, le jeu est de même nature amorale. Mais cela n’empêche pas de s’inquiéter de la dérive du monde, de se demander si, vraiment, « we can », si « le changement » aura bel et bien lieu un jour. Si les urnes ont encore un sens quand la corbeille tend à les supplanter chaque jour davantage. Et vous, dans tout ça ?…

Merci à Stéphane Vereecken d’avoir pointé du doigt cette actu !