On savait Fox News attirée par le néoconservatisme économique et politique, voici qu’on y trouve à présent des hérauts du reflex face à l’invasion des smartphones. Dans un article intitulé « 5 raisons qui font que les appareils numériques enrhument la photo sur smartphone », Terry Sullivan égraine les sempiternels arguments prouvant la supériorité de l’un sur l’autre. Ainsi, après avoir expliqué que l’hégémonie du smartphone tient au fait qu’on l’a toujours sur soi (d’après le fameux titre du  livre de Chave Jarvis), le journaliste explique que « pour les occasions spéciales », il vaut mieux se tourner vers un appareil reflex, comme le Sony DSC-RX-10 valant la bagatelle de 1300$. Il explique ainsi son choix du fait que cet appareil dispose d’un plus grand capteur réduisant le bruit et améliorant le contraste, de contrôles plus précis (mise au point, correction d’exposition, déclencheur), d’objectifs interchangeables (avec ouverture autorisant de jouer sur la profondeur de champ), zoom optique et flash plus performant. On s’étonnera de l’absence dans cette longue liste d’un point qui fait vraiment une grande différence entre ces deux univers : le format RAW, qui permet effectivement de retoucher les clichés a posteriori.

On pourra pour commencer souligner le fait que l’ouverture de l’objectif ne fait pas tout pour la profondeur de champ, contrairement à la taille du capteur. Passons. On indiquera également que l’iPhone comme d’autres smartphones peut se voir équipé d’objectifs différents (zoom, macro, grand-angle, fisheye, lomo, polarisant…). Mais il sera tout aussi possible de montrer en quoi les smartphones laissent loin derrière les appareils photos reflex en cinq points. Premièrement, effectivement, les smartphones sont toujours sur nous, ce qui en fait indéniablement une vraie solution pour la photo, que ce soit pour les « occasions spéciales » ou pour les « photos de tous les jours » (bien que la différence entre les deux reste sujette à débat). Deuxièmement, les smartphones, à force d’être omniprésents, en sont devenus invisibles au point de se faire oublier, permettant de prendre des photos sur le vif que ne permettent que très difficilement les imposants DSLR… Troisièmement, l’absence de contrôles avancés (pour l’appareil par défaut) et l’intuitivité de l’interface tactile décomplexent totalement l’utilisateur, ce qui explique que tant d’entre nous se sont mis à la photo, alors qu’ils possédaient souvent un compact, un bridge ou un reflex auparavant ! De plus, les smartphones disposent de fonctions dont sont dépourvus nombre d’appareils plus classiques, donc, quatrièmement, on mettra au crédit des smartphones leur capacité à retoucher et filtrer les photos qu’ils ont prises, sans passer par Photoshop, Lightroom ou autre Gimp, bref, sans avoir à allumer un  ordinateur et à apprendre à manipuler une suite graphique complexe. Beau joueur, concédons que ces fonctions font peu à peu leur apparition dans certains modèles, sous le nom de « fonctions créatives ». Cinquièmement, les smartphones sont naturellement connectés et permettent donc de partager nos photos sur tous les réseaux sociaux, ce que ne permettent bien évidemment pas la grande majorité des appareils classiques.

Au-delà de ça, on peut se poser la question légitime de l’intérêt intellectuel qu’il peut y avoir à opposer ainsi deux techniques, à l’image de la dichotomie réputée absolue entre utilisateurs de PC et fans de Mac. La peinture à  l’huile est ainsi infiniment plus polyvalente que le fusain. Le marbre a un velouté que n’aura jamais le bronze. Le théâtre offre une immédiateté et une proximité dont ne peut se targuer le cinéma. Le cinéma bénéficie d’une largeur d’écran et d’une ampleur sonore totalement inaccessibles aux écrans plat de salon. La littérature est infiniment plus intelligente que la bande dessinée. L’opéra est bien plus raffiné que le rock. La danse classique éclipsera toujours le hip-hop… La liste est longue, et tellement stérile in fine. Aucun art, aucune pratique, aucune technique n’en tuera jamais une autre. Chaque solution existe en parallèle des autres. Les retours en arrière ne sont justifiés que lorsqu’ils permettent de revisiter une pratique oubliée, comme le font les amateurs actuels du collodion, ou les fans de Polaroid. Tout le reste n’est que vaine gesticulation. Ou publicité déguisée…