Photographe sur iPhone, ou plutôt iphoneographe comme elle se définit assurément pour l’heure, Bénédicte Guillon a fait partie des pionniers de cette pratique artistique qui ne cesse de se développer partout dans le monde. Après des débuts remarqués, Bénédicte a été invitée plus récemment à intégrer le prestigieux Mobile Photo Group, dont le but est de promouvoir ce nouveau moyen d’expression graphique. Rencontre avec une grande voyageuse…

Arrival

Arrival

Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu nous parler un peu de toi (ton parcours, ton métier, tes passions…) et de ta découverte de l’iphoneographie ?

Bonjour, je m’appelle Bénédicte, j’ai 33 ans et j’habite à Paris depuis environ 3 ans. J’ai grandi dans l’ouest de la France et ai habité dans différentes villes comme Lyon, Angers, Rouen… Je n’ai pas un parcours très linéaire, j’ai exercé plusieurs métiers différents. Actuellement je suis en « année sabbatique » et j’espère en profiter pour voyager un peu.

J’ai découvert l’iphoneographie quand j’ai acheté mon premier iPhone en décembre 2009. Je me suis inscrite sur Flickr et ai commencé à poster des portraits Hipstmatic que je prenais dans le métro. Cela m’a amenée à découvrir des iphoneographes très talentueux et c’est ce qui m’a poussée à continuer en essayant de faire évoluer ma pratique.

beijing 2011

Beijing 2011

As-tu déjà exposé, ou vas-tu le faire dans un avenir proche ?

J’ai eu certaines de mes photos exposées à Berlin lors de la première exposition Eye’em, en Italie ou à Derby pour le format festival. La dernière était à Paris dans le cadre du festival « Paris en toutes lettres » au printemps dernier. Personnellement, je n’ai encore jamais exposé, mais cela fait partie de projets futurs encore un peu nébuleux.

still life

Still life

Dernièrement, ton travail a évolué : peux-tu nous en parler ? Qu’est-ce qui t’a motivé pour revenir à plus de simplicité ?

Je ne sais pas exactement. Je sais que mes photos peuvent se regrouper en périodes. Je pense qu’avec l’iPhone, ma première tendance a été d’utiliser des applications comme Hipstamatic, ShakeIt, d’appliquer des effets déjà préenregistrés. Le traitement n’était finalement pas ce qui m’importait le plus. Durant toute cette période, je me suis simplement concentrée sur la prise de vue en essayant de me perfectionner. Ensuite, je me suis intéressée au traitement, comment cela fonctionnait, j’ai fait beaucoup de noir et blanc au début dans l’idée inverse de faire des images simples avec un minimum de traitement.

itaewon

Itaewon

Quelles applis utilises-tu le plus souvent pour produire tes photos ?

Aujourd’hui, je fais ma prise de vue avec ProCamera, qui me permet d’avoir le contrôle de l’exposition et de la balance des blancs, et je traite ensuite l’image sous Filterstorm. Il m’arrive d’utiliser d’autre applis selon les séries, j’aime bien CrossProcess, Hipstamatic que je défends encore pour son instantanéité et sa rapidité.

Il y a quelque chose de tellement naturel avec l’iPhone,
je ressens ça comme un autre acte photographique,
le rapport au temps est différent.

La Goutte D'Or

La Goutte D’Or

Tu travailles également à l’aide d’un appareil photo. Quel modèle utilises-tu et quelles différences ressens-tu avec l’iPhone ?

Oui, dernièrement, j’ai acheté un Ricoh GXR avec un module 50mm. Le but était de découvrir autre chose, à travers l’outil, une autre manière de voir. Je pense qu’à un moment, on a envie d’images nouvelles, j’avais envie de faire des photos de nuit par exemple, exercice un peu délicat avec l’iPhone. En utilisant le GXR, je me suis rendu compte qu’il n’allait pas se substituer à l’iPhone. Il y a quelque chose de tellement naturel, fluide avec l’iPhone, et je ne retrouve pas ça avec le GXR. C’est différent, je ressens ça comme un autre acte photographique, le rapport au temps est différent. J’aime emmener les deux quand je pars marcher, je sais que les deux vont trouver leur place selon le moment et l’endroit.

Ordinary Days 5

Ordinary Days 5

Tu as rejoint récemment le groupe MPG, Mobile Photo Group, sous l’impulsion de Greg Schmigel. Peux-tu nous en dire plus sur les raisons d’être de ce groupe, sur sa démarche ?

En effet, j’ai eu la chance d’avoir été invitée par Greg à rejoindre le groupe. Pour le moment, c’est le début, on élabore des projets à plus ou moins long terme. L’idée est de se regrouper autour de la photo mobile, chaque membre défend une vision particulière, chaque membre a son propre discours photographique, et je suis très honorée d’évoluer en si bonne compagnie. En ce moment, nous travaillons sur un premier projet collectif dont je reparlerai une fois qu’il sera « officiel ». De très bonnes choses sont à venir, et j’invite tout le monde à visiter le site www.mobilephotogroup.com, s’abonner au blog, à la newsletter, et à nous suivre sur Instagram : @themobilephoto.

Pour moi, l’iphoneographie,
c’est avant tout un mouvement communautaire, de partage, d’interaction.

Rue Au Maire - Paris

Rue Au Maire – Paris

Que penses-tu de l’expansion des réseaux sociaux photographiques, au premier rang desquels on trouve Instagram ou Eye’em ? Suis-tu la réception de tes clichés et cela te permet-il de découvrir de nouveaux photographes ?

Je pense que c’est le poumon de l’iphoneographie. Pour moi, l’iphoneographie, c’est avant tout un mouvement communautaire, de partage, d’interaction. Instagram est incroyable, il y a une espèce d’effervescence continue qui pousse à évoluer, à poster… Je vois ça comme une immense classroom où chacun propose ses photos, reçoit des retours, en donne. Je ne sais pas si j’aurais pris autant de photos sans l’énergie des réseaux sociaux. Je me souviens avoir reçu au début alors que j’étais sur Flickr, les premiers commentaires de Sion Fullana, de Greg Schmigel, Misho Baranovic… Ca m’a vraiment encouragée à continuer et à progresser. J’ai conscience que l’iphoneographie évolue constamment, mais j’espère qu’elle ne perdra pas cet aspect de partage et de générosité qui ont été à la base du mouvement.

Sinchon

Sinchon

Comment vois-tu l’avenir de l’iphoneographie ? Penses-tu que ce mouvement va s’inclure dans la démarche photographique générale ?

Je pense que l’iphoneographie est en partie une histoire de communauté. La démarche photographique dépend après de chacun. Pour moi, le fait d’être iphoneographe n’est en rien synonyme d’être photographe. La photographie correspond à un discours, une vision particulière, elle défend quelque chose, elle exprime. Utiliser l’iPhone fait de nous tous des iphoneographes, quant à la photographie, je pense que c’est quelque chose qui va au-delà de l’outil qu’on utilise. Alors bien sûr que l’iphoneographie peut s’inscrire dans une démarche photographique, mais je ne pense pas que cela soit systématique.

(Photographies : Bénédicte Guillon)

(c) icommephoto.com