MissPixels est l’une des iphoneographes les plus connues, ayant accompagné le mouvement depuis ses débuts et l’ayant soutenu à l’occasion de nombreux événements. Abordant l’iphoneographie comme un art photographique mobile, elle se bat pour l’imposer comme forme d’expression artistique officiellement reconnue au Canada et au Québec. Rencontre avec une créatrice à temps plein.

I was there.

I was there.

Vous faites partie du cercle restreint des iphoneographes réellement célèbres, mais pouvez-vous nous parler de votre parcours photographique et de ce qui vous a amené à l’iphoneographie ?

J’ai étudié à l’Université du Québec à Montréal en Arts Visuels, profil création et ensuite en design graphique. Au départ, c’est une carrière comme artiste peintre que j’envisageais, mais mon petit côté techno geekette m’a fait bifurquer en design graphique, ce domaine me permettant de lier mon besoin de création à mon amour des technologies.

Durant des années, je me suis concentrée sur mon boulot, qui soit dit en passant me passionne beaucoup, et j’ai laissé dormir dans un coin de mon cerveau l’acte de créer librement et sans contraintes. Un jour, je me suis retrouvée avec un iPhone entre les mains et j’ai pris une photo de la voiture d’une copine, insatisfaite des couleurs, j’ai joué avec quelques applis et ce moment est devenu totalement épique ! Le monstre qui dormait s’est réveillé et depuis 2009, il a drôlement faim ! (J’écris monstre, mais dans mon univers, il a une bouille très sympathique ! )

Contrairement l’acte de peindre ou d’illustrer, l’iphoneographie permet de réfléchir, concevoir, créer, éditer et diffuser une œuvre, peu importe le contexte physique dans lequel on se trouve

Brain cell

Brain cell

Qu’est-ce qui, à vos yeux, fait la spécificité de l’iphoneographie en termes de technique photographique ? En quoi a-t-elle modifié votre démarche personnelle ?

Contrairement l’acte de peindre ou d’illustrer, l’iphoneographie permet de réfléchir, concevoir, créer, éditer et diffuser une œuvre, peu importe le contexte physique dans lequel on se trouve, et ça, c’est assez hallucinant. L’état créatif se vit maintenant partout, mon atelier n’a plus de mur ni d’adresse, il est virtuel, complètement numérique, et se tient dans une seule main !

Morning Fog (3/3)

Morning Fog (3/3)

Pratiquez-vous l’iphoneographie au quotidien ? L’iPhone est-il devenu votre appareil principal ?

Je ne possède aucun autre appareil photo ni aucune vidéo caméra. En avril 2010, je me suis rendue à Paris avec en poche, seulement mon iPhone. À ce moment, je savais déjà qu’aucun autre appareil n’était nécessaire.

Je pratique l’iphoneographie sur une base quotidienne, je dirais même que mon cerveau est en mode de création 24H/7J, il ne prend même pas une pause lors des congés ou jours fériés ! Il y a quelque chose d’ »addictif » dans la création. Plus on vit dans ce mode, plus les idées fusent et plus le besoin de créer se manifeste.

confession

confession

Utilisez-vous beaucoup d’applis pour traiter vos photos sur iPhone ? Quelles sont vos favorites ?

J’ai mes tops applis auxquelles je suis assez fidèle et autour de celles-ci gravitent les nouveautés et les coups de cœur du moment. TiltShift Gen, Fx Photo Studio, Photo FX, Picture Show, Photoshop Express et PhotoForge sont utilisées sur une base quotidienne. Récemment, j’ai vraiment beaucoup de plaisirs avec la nouvelle mise à jour de KingCamera ! Généralement mes images ont passé à travers 3 ou 4 applications.

#bonheur

#bonheur

Vous proposez des clichés très variés, entre couleur, noir et blanc, street photographie et d’autres proches du pictorialisme : pouvez-vous  nous parler de vos différents projets, notamment du hashtag project ?

Je suis une fille de concept. Je travaille en design graphique et en pub alors ma production artistique est influencée par mes 15 ans de boulot dans cet environnement. Je crée des concepts, je pense en série. J’aime dire que je suis une espèce de serial creator (rire).

J’ai évidemment des images qui vivent très bien en solo, mais, mon unicité se manifeste je crois dans mes propositions de séries comme le Hashtag Project. Ce concept a émergé durant l’hiver passé. Je cherchais une raison qui me ferait sortir à l’extérieur par -25 degrés Celsius ! J’étais entourée de paysage blanc, de neige et tout ce qui me venait à l’esprit est « winter sucks ». Alors, le concept des hashtags est apparu et s’est développé. Il se veut la confrontation plastique du langage de l’univers virtuel des réseaux sociaux au monde réel.

Fuck la ville

Fuck la ville

Cette année, vous avez beaucoup exposé, au sein de galeries collectives ou de démarches en solo : pensez-vous que l’iphoneographie s’impose peu à peu comme art à part entière ?

Oui ! Il est maintenant clairement accepté en galerie et tranquillement, dans le milieu de l’Art contemporain. D’ailleurs, l’organisme espagnol Eyephoneography a réussi un joli coup en intégrant l’exposition « Eyephoneography : Reloaded » dans la programmation officielle de 7th Day of Contemporary Art de l’AMACI. Il s’agit là d’un événement marquant dans le timeline de l’iPhoneography !

4th of july

4th of july

Vous avez participé à de nombreuses rencontres autour de l’iphoneographie depuis plusieurs années : avez-vous noté une évolution du public ? En va-t-il de même, à vos yeux, des institutions, notamment depuis que le MOMA a diffusé votre photo « 4th of July » en 2010 ?

Au départ, nous étions peu nombreux. Ce média était plus ou moins connu, mais rapidement, certaines applis ont ouvert les valves et ont démontré qu’il était possible de créer des images puissantes sans avoir à trainer un appareil de 5000$ ou sans passer 4 heures à éditer l’image dans Photoshop. Concernant le MoMA, il s’agit d’une anecdote hallucinante que je vais traîner fièrement toute ma vie. Je ne sais pas encore comment ces institutions traditionnelles vont présenter pour une première fois un artiste en art mobile. J’aimerais bien que ce soit moi ! Mais bon, il est évident que si des artistes comme Ai WeiWei ou Vik Muniz s’intéressaient à cette technique, disons que ça accélèrerait le processus !

Dans mon cas, je cherche à faire simplement reconnaître le média face aux institutions canadienne et québécoise comme au Conseil des Arts et des lettres du Québec. C’est un défi que je me suis imposé. J’aimerais être la première artiste en Art mobile reconnu par ces institutions.

Mont Hunger

Mont Hunger

Instagram est un véritable phénomène, ce réseau social ayant séduit plus de 10 millions d’utilisateurs en un an : qu’en pensez-vous personnellement ? Suivez-vous et commentez-vous certains flux ?

Je suis présente sur Instagram, mon pseudo est MissPixels ! je dirais que je suis une utilisatrice moyenne. J’adore la plate forme et il y a des perles et des chefs-d’œuvre là dessus ! Ce qu’il y a aussi de génial sur cette plate-forme est la création de communauté partout dans le monde. Ici à Montréal, ils sont très créatifs et actifs ! On ne peut pas ignorer Instagram !

Je pense que l’iphoneographie restera, mais que la curiosité s’essoufflera un peu d’où la nécessité de me positionner comme artiste en Art mobile dans un contexte d’art contemporain et non exclusivement comme une iPhoneographe .

Southbank

Southbank

Comment voyez-vous l’évolution de l’iphoneographie ? Pensez-vous que cette démarche va perdurer ou qu’elle va se fondre dans une vision plus large de la photographie mobile, voire s’épuiser ?

J’ai une vision plus ouverte face à l’appareil. Je me considère comme une artiste mobile utilisant l’iPhone comme moyen de création. Je pense que l’iphoneographie restera, mais que la curiosité s’essoufflera un peu d’où la nécessité de me positionner comme artiste en Art mobile dans un contexte d’art contemporain et non exclusivement comme une iPhoneographe .

The Prince Frog

The Prince Frog

Quel serait votre souhait concernant le futur de l’iphoneographie ? Et quelle serait la consécration pour vous ?

Une exposition solo dans une galerie, peu importe où, j’attends vos propositions ! De plus, je serais particulièrement fière de recevoir une bourse du Conseil des Arts et des Lettres du Québec , ce serait pour moi une confirmation de la reconnaissance par mes pairs de mon travail artistique, mais du même coup, l’entrée officielle de l’iphoneographie comme moyen d’expression artistique connu et reconnu dans le milieu des arts canadiens.

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