Photographe passionné de Polaroid et de lomographie, Stéphane Vereecken est un dynamique soutien de l’iphoneographie, ayant ouvert récemment une galerie dédiée dans le cœur culturel de Bruxelles, l’Atelier Sushi, lieu d’exposition, de promotion et de rencontre autour de cette nouvelle pratique de la photographie.

Triptyque Polaroid - série des aliens ( appareil Polaroid 1000 et film Chocolate )

Triptyque Polaroid – série des aliens ( appareil Polaroid 1000 et film Chocolate )

Quel est votre parcours dans le monde de la photographie ?

J’ai fait les Beaux-Arts à Bruxelles. Mais adolescent, comme beaucoup de jeunes Belges, c’était la bande dessinée qui m’attirait, surtout les BD américaines qui ressemblaient à des peintures et des photos (Kent Williams et Georges Pratt) jusqu’au moment où vers mes 21 ans, un projet professionnel, à l’époque en aquarelle, avec une maison d’édition (Dargaud) m’a tout de suite fait sentir que ce n’était pas un milieu où l’expérimentation, du moins en Europe, était la bienvenue… où bien cela allait prendre des siècles, mais je n’avais pas le temps d’attendre. Je me suis donc tourné vers le multimédia et l’art contemporain. Mes premières photos étaient des Polaroids. Et très vite j’ai peins sur les Polaroids, d’abord abstraites, ensuite je me suis passé des touches de peinture pour construire des vraies images (vidéos aussi) uniquement photographiques avec un sens et un message.

Avec l’iPhone, je prenais les idées,
et ensuite je retravaillais le tout,
n’importe où, chez moi ou dans le métro.

Iphoneographie 2010

Iphoneographie 2010 (Picture Show et GlowDraw)

Comment avez-vous découvert l’iphoneographie et quelle en est votre approche et votre pratique ?

J’ai d’abord découvert l’iphoneographie avec un iPod Touch. Mais bien évidemment, le fait de retravailler des images téléchargées ne suffisait pas, il me fallait donc les prendre moi-même et l’iPhone s’imposait d’emblée par son côté pratique tout-en-un. Avant, je me baladais toujours avec un carnet de notes, pour y consigner mes idées et les retravailler ensuite sur mon ordinateur portable. Avec l’iPhone, ce n’était plus nécessaire :  je prenais la masse, les idées, et ensuite je retravaillais le tout, n’importe où, chez moi ou dans le métro. Plus besoin de noter les idées… mon esprit travaillait en temps réel. Mince, je deviens un cyborg, lol !

Illuminati - Iphoneographie 2010

Illuminati – iphoneographie 2010

Êtes-vous un utilisateur assidu des réseaux sociaux dédiés à la photographie, comme Flicker, Eye’Em, Instagram, Tumblr et autres ? Pourquoi ?

Non, j’avoue ne pas avoir de compte Flickr, Instagram, etc … juste Facebook. Pas vraiment le temps de m’occuper à 100% des réseaux sociaux, mon site avec mes 100 à 110 visites mensuelles me suffit. Je reçois aussi pas mal de mails.

Yashica Holga Digital 2011 ( lentille plastique - tirage noir et blanc )

Yashica Holga Digital 2011 (lentille plastique – tirage noir et blanc)

Continuez-vous à utiliser des appareils photo ou l’iPhone est-il devenu votre outil principal ?

Avec les applis iPhone, j’ai redécouvert la « lomographie ». Mais personnellement, le fait d’attendre un développement argentique … très peu pour moi. D’où mes premières expériences vers mes 25 ans, avec le Polaroid 636 Close Up. Et j’ai découvert il y a peu le Yashica Holga Digital et sa lentille en plastique. C’est absolument fantastique, c’est un appareil photo totalement modifiable (ou hackable) à volonté. Je l’utilise beaucoup et je retravaille toutes ses images sur un iPad avec principalement Snapseed pour les couleurs et parfois Lo-Mob pour la petite touche en plus. J’utilise aussi de temps en temps un « Diana+ » avec un dos Polaroid et objectif Fisheye, qui utilise les films Instax Mini, mais le résultat est trop aléatoire pour un usage pro. Et aussi un bon vieux « Polaroid 1000 » et les nouvelles cartouches, Impossible Project.

Vue de l'atelier sushi depuis le bureau

Vue de l’atelier sushi depuis le bureau

Qu’est-ce qui vous incité à ouvrir l’Atelier Sushi, et quel est le but de cette galerie et sa particularité ?

J’ai d’abord ouvert une  » micro galerie  » en août 2010 place Sainte Catherine, dans le centre de Bruxelles, qui était en fait mon atelier. Malheureusement, le projet n’a duré que trois mois, et j’ai dû quitter les lieux, qui étaient une coopérative, pour cause de… succès. No comment 😉 J’ai pris l’initiative ensuite d’ouvrir un espace, mon nouvel atelier, dédié uniquement à l’iphoneographie, car il est clair désormais pour moi que je n’utiliserai plus jamais autre chose pour travailler qu’un smartphone et ses applications. Ensuite, je veux par ce biais faire connaître les œuvres d’un maximum d’iphoneographes internationaux dans la capitale belge. Mon espace/atelier est ouvert à l’échange et à la diffusion de cette discipline artistique majeure. Pas à la vente.

J’ai toujours voulu faire rentrer dans une galerie des gens
qui habituellement n’osent pas s’aventurer dans un lieu d’exposition,
de démocratiser la discipline artistique jugée souvent élitiste

Exposition collective - Parcours d'Artiste à Bruxelles

Exposition collective – Parcours d’Artiste à Bruxelles

Comment sélectionnez-vous les artistes que vous exposez ? Pouvez-vous nous dire quels seront certains de ceux que nous pourrons voir à l’Atelier ?

Je sélectionne par coup de cœur, par envie, ou selon les rencontres aussi. Cela va de Laetitia Harnie-Coussau, qui débute, à Jennifer Bracewell, une Américaine qui monte. Je sélectionne également des personnes qui n’ont pas souvent l’occasion de présenter leur travail, en dehors de leur sphère habituelle. Une chose aussi que j’ai toujours voulue, même en étant peintre multimédia exposant en galeries très hypes (années 1996 – 2001) c’est de faire rentrer dans un espace ou galerie contemporaine des gens qui habituellement n’osent pas s’aventurer dans un lieu d’exposition, de démocratiser la discipline artistique jugée souvent élitiste… et avec l’Atelier Sushi j’y arrive tous les jours, et c’est génial de rencontrer des personnes d’horizons très différents.

Stéphane assis a son bureau dans l'atelier

Stéphane assis a son bureau dans l’atelier

Comment faites-vous vivre cette galerie ? Attire-t-elle des visiteurs et quelles sont leurs réactions face à ces clichés produits par ce que beaucoup ne considère que comme un téléphone ?

L’Atelier Sushi est situé dans un coin de Bruxelles où les artistes sont nombreux, ainsi que les touristes grâce à la maison « Horta » de style Art Nouveau. Je partage d’ailleurs l’espace avec ma conjointe, qui elle, crée sa propre ligne de bijoux et de vêtements, mais aussi confectionne des broches avec certaines de mes photos. Le résultat est étonnant. Nous avons donc une double visibilité.
Les réactions sont multiples. Il y a un petit panneau sur le mur qui explique brièvement la démarche, et j’ai déjà eu une personne qui a sorti de sa poche son… iPhone, en regardant les photos aux murs, avec cette phrase :  » hé bien, je suis jaloux maintenant « . J’ai eu une crainte ensuite, pour son smartphone 🙂
Les gens découvrent, en fait, ce qu’ils pourraient faire eux aussi avec leur smartphone, et j’aime assez cette idée. Mais que font-ils en rentrant chez eux ?

L'iPad  s'imprime aussi sur toile avec l'appli ArtRage

L’iPad s’imprime aussi sur toile avec l’appli ArtRage

Selon vous, qu’est-ce qui fait l’originalité de l’iPhoneographie et qui peut expliquer son succès mondial qui ne se dément pas, bien au contraire ?

Les gens découvrent leur côté « artiste », sans nécessairement trimballer un lourd matériel coûteux avec eux. L’immédiateté de prendre en photo, un « instant » qui leur est cher et de le faire partager au plus grand nombre, la planète entière même, s’ils le veulent, avec seulement un téléphone en poche. Mais un téléphone qui peut sonner à tout moment bien sur, pour leur annoncer une bonne ou une mauvaise nouvelle… et peut être leur faire prendre une autre image, changer leur point de vue, leur humeur.

Il ne faut surtout pas rendre l’iphoneographie artistique,
car cela annoncerait sa mort prochaine

Vue du bureau avec les appareils photos de Stéphane (FishEye  Instax Mini Fuji )

Vue du bureau avec les appareils photos de Stéphane (FishEye Instax Mini Fuji )

Comment voyez-vous l’avenir de l’iPhoneographie, et quel serait votre vœu la concernant ?

Ne surtout pas « rendre » cette discipline artistique élitiste et que le circuit traditionnel de l’art contemporain ne s’y intéresse surtout pas. Cela annoncerait sa mort prochaine… que les artistes contemporains actuels ne s’approprient pas cet excellent outil (l’iPhone) qui est destiné à évoluer. Qu’il reste plutôt dans les mains de gens passionnés qui le feront évoluer et qui expérimenteront avec un regard neuf et surtout désintéressé. Sinon, bye bye l’iphoneographie …
Merci Yann pour cette interview. C’était ma toute première.
Et merci Mister Steve Jobs.

(c) icommephoto.com